Il n’existe probablement pas de voiture plus connue que l’Aston Martin DB5. Non pas parce qu’elle a été produite en grand nombre, seulement 1 021 exemplaires entre 1963 et 1965, mais parce qu’elle a joué un rôle dans huit films de la saga James Bond, à commencer par Goldfinger en 1964. C’est elle que Sean Connery conduit avec ce détachement britannique parfait. C’est elle qui a donné à Aston Martin une visibilité mondiale qu’aucune victoire au Mans n’aurait pu générer seule. Et c’est elle qui reste, plus de soixante ans après, la référence absolue de la GT de luxe britannique.
Histoire et genèse de l’Aston Martin DB5
L’Aston Martin DB5 est lancée en 1963. Les initiales DB renvoient à David Brown, le propriétaire de la marque depuis 1947. Elle succède à la DB4 dont elle reprend l’architecture principale, carrosserie en aluminium brossé signée Carrozzeria Touring (technique Superleggera : structure tubulaire recouverte de panneaux formés à la main), tout en améliorant la mécanique, le confort et le raffinement intérieur.
La DB5 se décline en trois versions :
- Coupé : 898 exemplaires produits
- Volante (cabriolet) : 123 exemplaires produits (la version la plus rare)
- Shooting Brake (break de chasse, version Radford) : quelques exemplaires sur commande spéciale
Sa courte carrière (deux ans seulement, remplacée dès 1965 par la DB6) en fait une voiture rare dès sa sortie, et ce statut ne fera qu’augmenter avec le temps.
Fiche technique
| Moteur | 6 cylindres en ligne, 3 995 cm³, double arbre à cames en tête |
| Puissance | 282 ch (version standard) / 325 ch (version Vantage) |
| Alimentation | 3 carburateurs SU (standard) / 3 carburateurs Weber (Vantage) |
| Boîte de vitesses | ZF 5 rapports manuelle |
| Transmission | Propulsion |
| 0 à 100 km/h | 7,5 secondes (standard) / ~6,5 s (Vantage) |
| Vitesse maximale | 230–240 km/h |
| Carrosserie | Aluminium, technique Superleggera (Carrozzeria Touring) |
| Empattement | 2 489 mm |
| Longueur | 4 572 mm |
| Poids | ~1 270 kg |
| Freins | Disques aux 4 roues (Girling) |
| Production | 1963–1965, 1 021 exemplaires |
James Bond et la DB5 : comment tout a commencé
Dans les romans de Ian Fleming, Bond roule en Bentley. Mais pour le film Goldfinger (1964), les producteurs d’EON Productions cherchent une voiture plus moderne et visuellement spectaculaire. Ils visitent l’usine Aston Martin de Newport Pagnell. Le directeur d’Aston Martin de l’époque, conscient du potentiel marketing, accepte de prêter quatre DB5 à la production : deux pour le tournage, deux pour la promotion mondiale.
John Stears, expert en effets spéciaux et ancien de la Royal Air Force, reçoit la mission de transformer ces voitures ordinaires (enfin, relativement…) en engins d’espionnage. S’inspirant des gadgets d’Ian Fleming mais allant bien plus loin, il équipe la DB5 de :
- Mitrailleuses dissimulées derrière les clignotants avant
- Siège éjectable côté passager (avec trappe dans le toit)
- Lames rétractables dans les enjoliveurs (pour crever les pneus ennemis)
- Bouclier pare-balles arrière
- Plaques d’immatriculation rotatives (trois nationalités différentes)
- Diffuseur de fu mée et de clous à l’arrière
- Scanner GPS primitif (appelé Homer), l’un des tout premiers dans le cinéma
La DB5 apparaît pendant plus de dix minutes dans Goldfinger. Le succès est immédiat. Corgi Toys lance une miniature qui s’écoule à plusieurs millions d’exemplaires. Aston Martin voit ses ventes décoller. La marque ne sera plus jamais la même.
La DB5 dans la saga Bond : 8 films, 60 ans de fidélité
La DB5 est la seule voiture à être revenue systématiquement dans la saga 007, quelle que soit la génération d’acteurs. Elle apparaît dans :
- Goldfinger (1964), Sean Connery, première apparition, gadgets cultes
- Opération Tonnerre (1965), Sean Connery
- GoldenEye (1995), Pierce Brosnan, retour après 30 ans d’absence
- Demain ne meurt jamais (1997), Pierce Brosnan
- Casino Royale (2006), Daniel Craig, Bond la gagne lors d’une partie de poker
- Skyfall (2012), Daniel Craig, scène culte d’action en Ecosse
- 007 Spectre (2015), Daniel Craig
- Mourir peut attendre (2021), Daniel Craig, scène d’ouverture explosive à Matera (Italie), avec des variantes armées spécialement construites pour les cascades
Fun facts et anecdotes
- La DB5 du film était à l’origine rouge. Elle a été repeinte en Silver Birch (bouleau argenté) pour le tournage, les producteurs jugeant cette couleur plus discrète et élégante pour un espion.
- Une des DB5 du film a été volée dans un hangar en Floride en 1997 et n’a jamais été retrouvée, elle reste l’une des voitures les plus recherchées au monde.
- Une autre DB5 de Goldfinger a été vendue chez Sotheby’s en 2019 pour 6,4 millions de dollars, un record pour une voiture de cinéma.
- En 2020, Aston Martin a produit 25 répliques DB5 Goldfinger Continuation à la main, à Newport Pagnell, avec l’ensemble des gadgets originaux fonctionnels (siège éjectable non compris, pour d’évidentes raisons de sécurité). Chaque exemplaire a nécessité 4 500 heures de travail. Prix : 2,75 millions de livres l’unité.
- La miniature Corgi Toys de la DB5 007 s’est écoulée à plusieurs millions d’exemplaires dès 1964, devenant l’un des jouets les plus vendus de l’histoire britannique.
- Paul McCartney, Mick Jagger et Robert Plant ont possédé une DB5, preuve que la voiture séduisait bien au-delà de la clientele 007.
- La victoire d’Aston Martin aux 24 Heures du Mans 1959 avec la DBR1 avait été éclipsée par le succès de la DB5 dans Goldfinger en termes de visibilité médiatique.
Cote et valeur de collection
L’Aston Martin DB5 est l’une des voitures de collection les plus prisées au monde. Les exemplaires en bon état général débutent autour de 600 000 €. Les Volante (cabriolet, 123 exemplaires) et les versions Vantage atteignent facilement le million d’euros et au-delà. Les voitures avec une traçabilité parfaite, une peinture d’origine et un historique complet peuvent allé bien plus haut encore.
Conclusion : une voiture, un personnage, une légende
L’Aston Martin DB5 n’est pas seulement la voiture de James Bond, elle est un personnage à part entière de la saga. Elle incarne le raffinement britannique, la performance avec discrétion, le danger sous couverture d’une GT de luxe. Comme 007 lui-même, elle traverse les décennies sans vieillir. Avec ses lignes signées Carrozzeria Touring, son 6-cylindres atmosphérique et son histoire cinématographique unique, elle reste l’objet automobile le plus désiré de sa génération. Et probablement de toutes les suivantes.
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Aston_Martin_DB5
- https://jamesbond.fandom.com/fr/wiki/Aston_Martin_DB5
- https://www.classiccarpassion.com/fr/magazine/articles-historiques/aston-martin-db5-le-joyau-de-007
- https://www.voiture-de-film.fr/voiture_film/aston-martin-goldfinger/
- https://cultureauto.fr/aston-martin-db5-et-james-bond/
- https://www.lejdd.fr/culture/aston-martin-db5-la-voiture-de-fonction-de-james-bond-138230
- https://auto-ecole-erca.fr/aston-martin-db5-007/
